Nicolas Fournier : le digital est un outil performant pour la formation, notamment dans les métiers du commerce

Ancien responsable du département formation de Monoprix et président de la CPNEFP des grands magasins et magasins populaires, Nicolas Fournier a créé en 2016 Ready for Takeoff, une société qui propose une approche originale de la formation, mêlant la pédagogie et l’outil digital, le présentiel et le virtuel du numérique.

Pour lui, la digitalisation dans le secteur de la formation est un outil performant et elle s’avère particulièrement bien adaptée aux métiers du commerce.

Alors que vous étiez en charge de la formation, directeur du développement de compétences chez Monoprix, pourquoi avez-vous souhaité créer votre propre entité de formation ?

J’ai constaté que le module des formations classiques ne répondait plus aux attentes des stagiaires, ni à celles des opérationnels.

Tout le monde souhaite des formations limitant les déplacements, avec des formats plus courts, directement utiles en situation de travail, donc plus efficaces et davantage personnalisées.

Aujourd’hui, dans un environnement en perpétuelle évolution, chacun doit pouvoir accéder à la formation continue sans avoir à quitter nécessairement son lieu de travail.

J’ai donc estimé qu’il était temps de prendre le train de la transformation digitale, pour être en phase avec la formation de demain.

Votre société est spécialisée dans la formation digitalisée des personnels du commerce et de la distribution. D’une manière générale, en quoi le digital améliore-t-il l’efficacité d’une formation ?

Les avantages du digital me paraissent évidents : chacun peut apprendre tout au long de l’année, à n’importe quel moment, en n’importe quel lieu, sur n’importe quel terminal (ordinateur, tablette, téléphone). Mais surtout, le digital offre à chacun la possibilité d’apprendre à son rythme, sans s’exposer au regard de l’autre.

Ce point est essentiel pour redonner l’envie d’apprendre à des personnes qui ont pu avoir des parcours scolaires compliqués.

Enfin, le digital permet de déployer, rapidement, des contenus homogènes auprès de vastes populations éparpillées sur le territoire.

Peu de dispositifs présentiels comportent de telles possibilités.

Quelles sont les spécificités de la formation dans les métiers du commerce ? L’outil digital y est-il plus indispensable qu’ailleurs ?

En effet, plus que dans d’autres secteurs économiques, il est extrêmement difficile, dans le commerce, de sortir un collaborateur du magasin (lequel fonctionne généralement à petit effectif) pour lui permettre de suivre une formation. La formation digitalisée est donc particulièrement appropriée à ce type de professions.

Ses modalités s’insèrent aisément dans le quotidien, sans avoir à planifier des formations hors du lieu de travail.

Par exemple, des microformations de cinq minutes permettent d’apprendre un peu tous les jours.

Cet apprentissage fractionné facilite une meilleure mémorisation par une répétition des messages dans la durée.

La formation digitale se dispense sur des supports mobiles (téléphone ou tablette), à travers une application spécialisée.

Celle-ci, d’une ergonomie simplissime, est accessible à tous, sans besoin de connexion Wi-Fi, ce dont ne bénéficient pas tous les magasins. Elle permet de formaliser un itinéraire pédagogique, d’établir des autodiagnostics, tout en laissant au formateur son rôle de soutien et d’évaluateur des pratiques.

Ainsi, grâce à la formation digitale, le collaborateur peut rester en magasin et établir un lien concret avec son activité professionnelle. 

C’est en pratiquant au quotidien que l’on apprend le mieux (70 % de nos acquis viennent de notre expérience en situation de travail, 20 % de relations avec nos pairs, 10 % seulement de l’apprentissage formel).

La formation peut-elle se dérouler sans contact physique avec le formateur ?

Les technologies actuelles permettent de mettre en œuvre des pédagogies en limitant les contacts physiques : vidéos, classe virtuelle, réalité augmentée, et, demain, intelligence artificielle…

Toutefois, la formation digitale se révèle encore plus efficace lorsqu’elle est associée à d’autres modalités (le présentiel, le tutorat physique ou à distance, etc.).

L’échange avec ses pairs et son formateur, qui permet de confronter les points de vue et les expériences, de partager des bonnes pratiques, de créer son réseau, etc. tout ceci peut se faire, totalement ou partiellement, sans lien physique.

En fait, le digital complète l’expérience physique par une expérience optimisée et personnalisée.

Quels sont les principaux types de formation que vous prodiguez et en quoi votre société se différencie-t-elle des autres organismes de formation ?

Nous comptons comme clients des entreprises du commerce, de la banque, de l’industrie, mais aussi des organismes de formation qui veulent intégrer le digital dans leur offre, pour plus d’efficacité. Nos formations portent sur la vente, la relation client, la connaissance des produits et le management, principalement pour la formation continue ou la formation qualifiante (titre, CQP, VAE) La particularité de « Ready for Takeoff » réside dans le fait que ses équipes viennent de l’entreprise, plus particulièrement des ressources humaines et de la formation.

Les acteurs du digital ont souvent une approche très technologique de la formation. Or, transmettre des savoirs est avant tout une histoire de pédagogie.

Nous proposons à nos clients des modules de formation sur mesure, pertinents et opérationnels. À cet égard, nous sommes totalement indépendants des éditeurs du marché.

Comment envisagez-vous l’évolution de la formation ?

Le monde bouge vite ; la formation doit savoir s’adapter aux évolutions pour rester en adéquation avec les besoins du business. L’utilisation de la digitalisation est un atout supplémentaire.

On peut d’ailleurs choisir la manière et le rythme de son introduction dans les modules de formation. Mais un impératif subsiste : face à la surabondance de communications et de sollicitations, la formation doit se montrer attractive, donner envie ! Elle doit donc utiliser les codes et les usages numériques en vigueur.

Par exemple, la vidéo est un bon outil pour apprendre un geste métier ou revoir une bonne pratique en matière de vente ou de relation client. YouTube est le moteur de recherche préféré des jeunes, devant Google ou Wikipédia. Le mobile en est un autre pour une formation à la demande. Le trafic Internet mobile dépasse celui d’Internet sur ordinateur.

Enfin, la formation peut être fractionnée et rendue ludique à travers les réseaux sociaux, le SMS, etc.

Plus fondamentalement, il ne faut jamais perdre de vue l’enjeu majeur de la formation : celui de permettre à chacun, au cours de sa carrière, d’acquérir une qualification.

Dans cet esprit, Ready for Takeoff vient de terminer un module d’accompagnement digitalisé pour une VAE (validation des acquis de lexpérience), réalisé en partenariat avec l’Education nationale. Nous sommes particulièrement fiers d’avoir développé cet outil, simple et accessible, pour accompagner les candidats à une VAE, tout au long de leur démarche, de la recevabilité au jury.

Cette formation est une véritable arme anti décrochage •